Les médecins semblent rarement dénoncer les violences dont ils sont les victimes, avril 2008

  Paris, le lundi 21 avril 2008 – L’embrasement des banlieues à plusieurs reprises ces dernières années a permis de mettre en lumière la difficulté d’intervention dans ces « quartiers difficiles » d’un certain nombre de professionnels, chargés de missions fondamentales de service public, au premier rang desquels figurent les médecins et les infirmières. Ces derniers auront notamment décrit les nombreux obstacles qu’ils rencontrent quotidiennement dans l’exercice de leur métier : des agressions verbales aux agressions physiques en passant par la dégradation volontaire de leur matériel. Au-delà des situations ponctuelles dans les villes les plus sensibles du pays, beaucoup soulignent que notre société contemporaine a vu le respect traditionnel dévolu aux médecins se transformer peu à peu en une attente impatiente qui peut se révéler parfois violente. Cependant, ces témoignages et cette impression commune n’apportent pas des statistiques chiffrées sur l’insécurité dont seraient victimes les professionnels de santé. Ces données ont longtemps manqué, mais plusieurs outils ont été mis en place ces dernières années. Le Conseil national de l’Ordre a notamment organisé en 2003 un Observatoire de la sécurité des médecins, qui procède à un recensement annuel des incidents signalés par les praticiens.

    Les agressions verbales sont les incidents les plus fréquents

  Le rapport concernant l’année 2007 vient d’être rendu public : il révèle que l’année 2007 a été la plus violente depuis la mise en place de l’Observatoire. Cette tendance s’explique notamment selon le Conseil de l’Ordre par « les émeutes de fin 2006 dans certaines cités de banlieue et la forte médiatisation du thème de la sécurité ». Cette analyse est confortée par le fait que la hausse des agressions et incivilités en tous genres concerne plus particulièrement le début de l’année. Au total, l’Observatoire a recensé 831 incidents contre 508 l’année précédente et 438 en 2004 qui avait été la période la plus « calme ». Les faits signalés sont le plus souvent des agressions verbales (363), tandis que les menaces et les lettres anonymes sont des moyens peu utilisés (32). Les vols ou tentatives de vols sont pour leur part assez nombreux (238) surtout lorsqu’on les ajoutent aux actes de vandalisme (90). Enfin, les agressions physiques ont concerné 108 faits signalés sur 831. Ces violences ont cependant heureusement des conséquences limitées : dans 85 % des cas elles n’ont donné lieu à aucun arrêt de travail et dans seulement 3 % des situations une interruption temporaire de travail de plus de trois jours s’est imposée. Les raisons de ces différentes agressions sont difficiles à élucider : on retrouve dans 10 % des cas des reproches liés à un traitement ou encore pour 8 % des incidents un temps d’attente trop long. La majorité des cas recensés touchaient des praticiens libéraux (70 %) : les médecins généralistes et les ophtalmologues étant les premières victimes. Des inégalités territoriales sont enfin pointées par le Conseil de l’Ordre : si Paris est épargnée (deux cas ont été signalés en 2007 !), la Seine Saint Denis, le Val d’Oise et plus étonnamment l’Isère sont des départements très à risque.

    Sous déclaration

  Malgré la hausse des violences constatée en 2007, ces chiffres apparaissent finalement plutôt rassurants quant au niveau d’insécurité des professionnels de santé. Sans doute faut-il considérer que seules un très faible nombre d’incivilités et d’agressions sont rapportées, en dehors des périodes de sur médiatisation du thème de la sécurité. D’autres chiffres révèlent en effet que le phénomène serait plus important. Un sondage réalisé sur notre site en septembre 2005 avait ainsi mis en évidence que 72 % des professionnels de santé avaient constaté une nette augmentation de la fréquence des incivilités au cours des cinq dernières années. Par ailleurs, dans le cadre de l’étude « Santé et satisfaction des médecins au travail » (menée chez les hospitaliers) 28,9 % des praticiens ont déclaré « avoir été l’objet de violence des patients ou de leur famille au moins une fois par mois » au cours de l’année écoulée.

www.infirmiers.com Par A.H

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